Histoire de la Nacre polynésienne

La nacre est incontestablement un des plus anciens et des plus précieux matériaux, utilisée par les hommes pour réaliser des bijoux, parures et autres outils. Bien que des traces d’usages de la nacre aient été mises en évidence dans l’histoire en Afrique du Nord, au Moyen Orient ou en Asie, il faut attendre le XVIIIème siècle et la découverte de la région Pacifique par les explorateurs Européens pour que les premières descriptions de parures polynésiennes soient réalisées.

 Les Polynésiens savaient déjà travailler, polir la nacre et l’associer avec d’autres matériaux afin de confectionner leurs parures traditionnelles qui contribuaient à l’univers social, symbolique et politique de leur société notamment au cours des cérémonies rituelles. L’épaisseur et la structure de la coquille de l’huître Pinctada Margaritifera permettait de l’utiliser par ailleurs dans la confection de certains outils ou pour la pêche en tant qu’hameçon ou tête de harpon. Ainsi, la nacre constitutive de l’huître de Polynésie était un matériau bien plus apprécié et utilisé que ne l’était la perle fine, très rare et beaucoup plus difficile à travailler avec les techniques et savoir-faire traditionnels dont disposaient les Polynésiens.

 

Avec la découverte des îles du Pacifique et l’enthousiasme qu’elle suscitait le commerce ne tarda pas à se mettre en place avec les Polynésiens, les Européens souhaitant échanger leurs marchandises contre tout ce que ces îles avaient à offrir, copra, nacre, carapaces de tortue, bois de santal et bien sûr les perles fines beaucoup plus valorisées à leurs yeux. Les bancs d’huîtres perlières des îles Tuamotu et Gambier constituaient alors parmi les dernières réserves mondiales encore intactes mais ceux-ci ne tardèrent pas à souffrir à leur tour de cette exploitation sans cesse croissante. En effet, avant le développement de la culture de la perle, qui allait donner à l’huître Pinctada Margaritifera une nouvelle dimension, sa nacre était d’ores et déjà très appréciée et convoitée sur les marchés européens. Celle-ci était utilisée en haute couture dans la confection de boutons et les marchands recherchaient le précieux matériau jusque dans les plus lointaines régions de la planète. L’industrie du bouton fut ainsi responsable de l’exploitation considérable des lagons et du commerce de l’huître de Polynésie, Pinctada Margaritifera.

 

Les grands navires de commerce, attisés par la richesse des bancs d’huîtres de Polynésie, transportaient chaque année plus de 1500 tonnes de ces précieux mollusques vers l’Europe, via le Chili et cette activité très lucrative s’étendra sur plus de 150 ans. L’archipel des Tuamotu placé sous l’autorité de la France depuis 1880, les bancs d’huîtres perlières furent largement sollicités sur ce territoire au point d’en épuiser presque totalement les ressources. Face à cette pêche intensive les autorités ordonnèrent en 1883 un recensement des bancs. Le rapport restitué par G. Bouchon Brandely en 1885 préconisait une stricte réglementation de la saison de pêche et définissait des zones prioritaires interdites afin d’assurer le renouvellement des bancs les plus exploités.
Le métier de plongeur était alors très recherché et les hommes suivaient, accompagnés de leurs familles les saisons de plonge au travers des différentes îles de l’archipel. La découverte d’une perle fine était alors très rare et considérée comme porteuse de bonne fortune pour le plongeur qui la réalisait.
 

Aujourd’hui, la culture de l’huître Pinctada Margaritifera a remplacé ces saisons de plonge. La nacre et la perle de Tahiti bénéficient du fruit des recherches menées conjointement entre les perliculteurs, les autorités locales et les scientifiques (Ifremer).
Le métier de plongeur se perpétue au sein des fermes perlières et constitue un savoir-faire spécialisé reconnu et enseigné.
 



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